
Quand deux parents décident de séparer, ils s’occupent de toute l’organisation entourant le processus de séparation, partage des biens, garde de l’enfant, que ce soit en garde partagée ou non. On imagine comment réapprendre à vivre seul, sans son ou sa partenaire, apprendre à redessiner à nouveau notre monde, notre vie. Dépendamment de chaque personne, d’aucuns ressentent à nouveau le sentiment de reprendre le contrôle sur leur vie.
Ce sur quoi le parent ne détient pas cependant le contrôle reste la réaction de son enfant.
Même si les réactions sont différentes d’un enfant à l’autre, dépendamment de l’âge, du contexte de vie et de sa résilience entre autres,…
Parmi toutes les adaptations que cela engendre dans la vie de l’enfant, l’étape de changement de maison peut être une épreuve très difficile pour un enfant, et cela peut durer parfois moins ou plus longtemps dépendamment de plusieurs raisons.
J’aborde de ce fait, ici quelques raisons qui peuvent se cacher derrière un refus d’aller chez l’autre parent.
DERRIÈRE UN REFUS, PEUVENT SE CACHER PLUSIEURS RAISONS.
1. Une séparation difficile
Quitter le parent avec lequel il se trouve peut être difficile. Pour certains enfants, chaque transition réactive la tristesse liée à la séparation. Imaginer donc devoir à chaque fois revivre la même émotion reliée à la séparation, comme un parent qui doit à chaque fois revivre le même vide quand il rentre le soir à la maison quand son enfant n’est plus là, se trouvant chez l’autre parent. Ce sentiment est d’ailleurs abordé plus en détail dans l’article Vous êtes deux à traverser la tempête.
2. DES REPÈRES DIFFÉRENTS
En garde partagée, deux maisons peuvent avoir des rythmes, des règles, des habitudes et des environnements différents. L’enfant doit constamment s’adapter. Les enfants ont aussi leur planification dans leur petit monde, comme décider de partir une construction de bloc, mais doit le mettre en pause car il doit se rendre chez l’autre parent.
3. UN ATTACHEMENT À SON ANCIEN REPÈRE
Après une séparation, l’enfant peut continuer à associer l’ancienne maison familiale à son sentiment de « chez lui ». La maison qui l’a vu grandir, où il a créé ses souvenirs d’enfance avec ses deux parents. Tout cela peut rendre les changements de maison particulièrement chargés émotionnellement. Certains enfants peuvent souvent nommer: [ici, ce n’est pas chez moi, je veux aller à ma maison], quand il est chez le parent qui a déménagé. Ce n’est pas un jugement sur le parent ou sur la nouvelle maison, mais bien le reflet d’un attachement encore fragile à ce nouveau repère — un attachement qui se consolide avec le temps.
4. DES PRÉFÉRENCES
Il peut préférer certaines habitudes, activités ou façons de vivre chez un parent. Prenons l’exemple d’un enfant qui aime le soccer, et a l’occasion de jouer au soccer chez son père, ou l’occasion d’aller regarder un match de soccer. J’ai aussi vu dans ma pratique des enfants qui préféraient un parent car ils pouvaient avoir accès aux jeux video. Eh oui, l’enfant peut aussi développer ses intérêts et avoir le droit de les poursuivre. Mais rassurez-vous, Une préférence n’est pas nécessairement un rejet de l’autre.
5. DES ÉMOTIONS COMPLEXES
Tristesse, colère, anxiété, frustration… Et selon son âge et sa compréhension de la séparation, l’enfant peut aussi ressentir de la colère envers l’un de ses parents ou avoir l’impression qu’il doit choisir — ce genre de sentiments mixtes est tout à fait normal chez l’enfant. L’enfant peut aussi par moment vivre le sentiment de devoir être loyal envers un parent, de devoir être présent pour un parent qu’il considère plus fragile.
C’est à nous en tant qu’adulte de devoir toujours rassurer l’enfant, car il n’a pas à porter cette culpabilité, ou gérer ce genre d’émotion.
COMMENT RÉAGIR ?
ÉCOUTER sans faire pression. Cela nous permet d’entendre le vécu de l’enfant, de normaliser ses émotions et lui démontrer que nous le comprenons sans jugement, respectons son rythme. Par exemple, un simple « Qu’est-ce qui est difficile pour toi en ce moment ? », posé sans chercher à convaincre, ouvre souvent plus de portes qu’un interrogatoire.
ACCUEILLIR son émotion sans lui demander de choisir. C’est à l’adulte de montrer à l’enfant que ses émotions ne lui font pas peur, et qu’il est capable de tout recevoir, et de l’aider à passer à travers son ressenti. Un simple « Je vois que c’est difficile pour toi » peut suffire à désamorcer une tension.
OBSERVER ce qui se passe avant, pendant et après les transitions. Est-ce que le refus revient toujours au même moment, avec le même parent, ou dans certaines circonstances précises (fatigue, changement d’horaire, événement particulier) ? Ces observations donnent souvent des indices précieux sur ce qui se joue réellement pour l’enfant.
MAINTENIR DES REPÈRES PRÉVISIBLES lorsque le cadre de garde le permet, car la stabilité peut aider l’enfant à traverser les transitions. Maintenez le plan de garde quand il n y a aucune raison visible de douter de la sécurité ou du bien-être de l’enfant chez l’autre parent. Cette prévisibilité rassure l’enfant et lui permet de le décharger de cette responsabilité de choisir chez quel parent il veut être.
RESTER ATTENTIF lorsque le refus persiste ou s’accompagne de signes préoccupants — changements soudains de comportement, repli sur soi, propos inquiétants. Dans ce cas, consulter un professionnel peut aider à y voir plus clair.
À RETENIR
Vivre entre deux maisons demande beaucoup d’adaptation à un enfant.
Il a besoin que ses parents puissent entendre ses émotions sans lui faire porter le conflit, tout en lui offrant des repères stables et sécurisants.
Pour approfondir davantage le sujet, je vous invite à consulter l’article de Naitre et grandir https://naitreetgrandir.com/fr/nouvelles/2026/06/15/sondage-defis-coparentalite-quebec/
